Vollmond & Arc : Chapitre 3

Vollmond patrouillait la ville en quête du Kappa. Selon Redge, aucune activité inhabituelle ne semblait avoir eu lieu dans la Cité, ni le jour de son arrivée, ni la veille. Ce qui était une bonne chose, la créature n’ayant probablement pas encore agi. Cela la rendait cependant difficile à repérer. Son logeur lui avait conseillé de longer le fleuve. Il y circulait de nombreuses péniches qui remontaient le courant afin que les villages en aval apportent des marchandises et en faisait ainsi un des lieux les plus actifs de la Ville Basse, renforcé notamment par la présence proche de la Ville Haute dont l’aura de mystère semblait attirer les curieux.

L’un des autres lieux notables, et des plus actifs de la Ville Basse était la grande tour de fer dont le sommet était très visiblement tombé en ruine des années de cela. De nombreux spots lumineux y avaient été installés et projetaient sur les alentours de quoi éclairer suffisamment pour y voir comme en plein jour même en pleine nuit. Notamment sur le champ qui se trouvait au pied de celle-ci et où se trouvait ce qui était assez simplement le grand marché où se rendait régulièrement toute personne vivant dans la Cité.

Une bonne heure après avoir commencé sa patrouille sans rencontrer d’élément qui pourrait indiquer la présence de la créature, il remarqua alors, à une centaine de mètres des écluses de la Ville Haute, de nombreuses personnes rassemblées sous un pont. C’était un gros attroupement, et même si ce genre de choses ne semblait pas être exceptionnel, la taille de la foule, son brouhaha, ainsi que les gardes armés qui protégeaient, usuellement, les portes de la Ville Basse, intéressèrent le templier. Il se fraya un chemin dans la masse jusqu’au cordon fixé par les soldats et observa. À quelques mètres se trouvaient d’autres gardes, ainsi qu’un homme, non armé, qui observait un cadavre. Un humain dont le corps avait été lacéré puis étranglé une fois au sol. Tout cela évoquait l’œuvre d’un Kappa et plus que probablement celui qu’il recherchait. Pour autant, il n’en était pas certain, ces créatures tuaient rarement sans raison. Il se devait alors d’en avoir le cœur net.

– Serait-il possible de parler avec une personne qui pourrait me donner des détails sur la situation ? questionna-t-il à l’un des gardes qui empêchait les badauds de s’avancer.

– Fous le camp, templier. On a pas besoin de vous pour s’occuper de nos affaires.

Le Lycan inspira. Il ne voulait pas se battre maintenant, pourtant il devait avancer. Il garda son calme avant de reprendre :

– J’ai des informations sur ce qui aurait pu attaquer cet homme. Mais je dois recouper avec vos informations pour en être sûr. Y-a-t-il un responsable qui saurait en discuter avec moi ?

Le garde jaugea l’homme-loup qui gardait un air neutre. Il n’avait pas à mentir, en savoir plus aiderait tout le monde. Le soldat fit signe à l’un de ses camarades avant de s’adresser de nouveau au Lycan.

– J’en parle avec le commissaire.

Le garde se retourna pour s’adresser au seul homme non armé présent, en pleine discussion avec les autres gardes, certains allaient et venaient, faisant leurs rapports avant de repartir. Visiblement il était le supérieur des miliciens qu’il avait rencontrés jusqu’à présent. Le templier ignorait tout de son rang, mais il semblait être assez important car aucun ne remettait en question les ordres donnés. Lorsqu’il eut entendu l’information de son subordonné il poussa un soupir en levant les yeux au ciel avant d’ordonner le soldat qui s’empressa de retourner vers le templier.

– Passe, le commissaire veut en savoir plus.

Vollmond pénétra alors dans le périmètre. Se tourna alors vers lui ledit commissaire, habillé bien différemment de ceux qui vivaient dans la Cité. Le Lycan ne saurait cependant dire si cela était dû à son statut où s’il avait simplement voyagé et atterri ici il y a plus ou moins longtemps. Il possédait un long manteau de cuir qui descendait jusqu’à ses genoux. Il portait des bottes de combat, en cuir également, la règle pour nombres de guerriers parcourant le monde ; pillard, templier ou autre. Cependant en ville cela ne semblait pas être le cas pour les gardes qui ne portaient que ce qu’ils pouvaient avoir, fut-ce des sandales ou des chausses en textiles ou en cuir, toujours assez simples. Le transhumain en déduisit rapidement qu’il avait certainement beaucoup voyagé et avait une certaine expertise dans un ou plusieurs domaines militaires, expliquant son poste.

Il n’était de toute évidence pas un Lycan, mais ne semblait pas non plus complètement humain sans que Vollmond puisse savoir à quoi il avait affaire. S’il portait bien la peau pâle et décolorée des Vampires, son regard calme et presque imperturbable était cependant d’une couleur bleu ciel à l’inverse des autres transhumains de cette espèce. Enfin lorsque celui-ci s’adressa à lui, il remarqua qu’il ne possédait pas leurs crocs caractéristiques.

– Eh bien… ça faisait longtemps que je n’avais pas rencontré un membre de votre ordre, commenta le commissaire.

– Les gens ici semblent garder une mauvaise image de nous. Je ne peux pas les blâmer.

– C’est dommage. Je sais que vous avez fait ce qu’il faut pour que ce genre d’événement ne se reproduise plus.

– Vous nous connaissez plutôt bien.

– Disons que je suis un peu au courant de votre histoire et de quelques faits d’armes. Je m’appelle Gabriel. Je suis le chef de la Milice.

– Vollmond, répondit tout simplement le Lycan.

Les deux échangèrent une poignée de main. Le templier remarqua que le corps de son interlocuteur était froid. Bien loin d’un être humain classique ou de n’importe quel transhumain à sa connaissance, aucun des étrangers qui existaient au sein de son groupe n’avaient pas cette particularité. En soi, si cela était surprenant ça n’était pas non plus alarmant. Il existait des tonnes de formes de transhumains et ce n’en était qu’une de plus parmi tant d’autres. Surtout, ce n’était pas le genre de choses qu’il venait voir ici.

– À ce qu’il parait tu saurais peut-être de quoi il en retourne.

– Je suis à la recherche d’un Kappa qui a remonté le fleuve.

– S’il ne s’est pas arrêté avant, il est sûrement ici. La Ville Haute a un contrôle total sur le fleuve, il est techniquement impossible de le remonter passée l’écluse. Même pour ce genre de créature. Ça colle avec ce que j’ai comme information.

– Permettez que j’examine le corps ? Je pense pouvoir le tracer d’une manière ou d’une autre.

– Essaye pour voir. Je n’ai pas de Lycan sous la main, les gens ne les aiment pas trop par ici. Et ils préfèrent rester entre eux. Ce qui se comprend quand on voit comment certains les traitent. Surprenant d’ailleurs qu’on t’ait laissé entrer.

– J’imagine que mon statut de templier a primé.

Le transhumain s’abaissa alors pour examiner le corps de l’homme. À y voir de plus près c’était bien à coup de morsures et de griffes que le malheureux avait été mis à mort. Il décida alors de jouer sur ses capacités de Lycan et son odorat poussé. Si, auparavant, il ne pouvait clairement capter les odeurs, ici tout devenait plus clair, surtout avec la foule tenue à l’écart. Il y avait trois fragrances, plus ou moins distinctes. D’abord, tout simplement celle de l’homme, mort, qui sentait la transpiration et le sang. Des informations peu utiles. Les deux autres odeurs cependant était bien plus distinctes. Il y avait celle que le Lycan identifia tout d’abord comme celle venant d’une femme, parfumée ou travaillant dans une parfumerie. Il s’en dégageait une odeur qui, dans la poussière, évoquait les fleurs ainsi que d’autres plus fortes mais plus subtiles. Enfin, beaucoup moins marquée, comme si son porteur n’avait pas fait de vieux os, celle du Kappa. Une odeur de marée, humide et désagréable mais reconnaissable entre mille, surtout après l’avoir sentie dans le palais l’avant-veille. Il n’en subsistait qu’à peine de quoi suivre la piste.

– De ce que j’ai, c’est bien lui qui a attaqué, et il y avait une troisième personne avec eux.

– Une femme ouais. Apparemment ils flirtaient ensemble dans un bar. Personne ne l’a vue depuis.

– Elle est probablement en vie. Il cherche à se reproduire. Je pense pouvoir les pister. Lui ou elle. Ils sont probablement cachés en ville.

– J’imagine que tu peux gérer sa recherche toi-même ? Tu seras probablement plus efficace que nous, et je serais bien content de ne pas causer plus de panique en organisant des battues.

– Ça ne me dérange pas. Ça évitera d’impliquer trop de monde là-dedans.

– Ça me convient. Si on a de nouvelles informations on saura te trouver pour les transmettre.

Le templier haussa les épaules. Ils faisaient comme ils voulaient. Il quitta le cercle et s’éloigna de la foule sans demander son reste et commença à remonter la piste qu’il avait. Si le Kappa avait été arrêté par la Ville Haute, il était probablement redescendu à pied en suivant le fleuve. L’odeur de la créature continua de traîner sur les quais pendant quelques kilomètres. Cette zone, en dehors des ponts sous lequel il passait et de la zone où les bateaux débarquaient, était peu habités, ce qui en faisait une cache idéale pour la créature.

Puis, quelques kilomètres plus loin, la piste le mena à une cavité. Le restant d’un tunnel qui s’était effondré et en parti inondé, on pouvait y distinguer quelques rails qui servaient à guider des moyens de locomotions aujourd’hui. En descendant, l’homme-loup se rendit compte que ce passage menait hors de la Ville Basse. L’endroit était peu gardé mais bien caché. Vollmond se dit, alors que l’eau arrivait jusqu’à sa taille, que lui-même, sans suivre la piste de la créature, n’aurait jamais trouvé cet endroit. Il se retrouva dans les Bidonvilles où la créature avait décidé de bifurquer. Heureusement pour le Templier, malgré le passage dans l’eau, la piste continuait son chemin, l’odeur était toujours présente et se faisait même de plus en plus forte, comme si la créature avait erré pendant un moment avant de se décider à remonter pour trouver une victime.

Le tout mena à un petit bâtiment, à quelques mètres du fleuve, à distance du reste des Bidonvilles qui cherchait à construire loin du fleuve, probablement pour éviter le sol sableux qui longeait la berge. Il en résultait que la bâtisse était bien plus branlante et fragile que le reste des bâtiments de la zone, déjà peu stable. Il approcha doucement et tourna autour avant d’essayer d’y pénétrer. Il n’y avait qu’une entrée et les fenêtres avaient été obstruées par divers meubles mais aussi de la vase, venant probablement du lit du fleuve, base de la maçonnerie de ces créatures aquatiques. Dans l’impossibilité de voir à l’intérieur, le templier se risqua à forcer la porte qui semblait être bloquée. Le Kappa semblait avoir trouvé un moyen pour empêcher toute sortie de ses proies (ou l’entrée de tout intrus). La porte restait en bois et donc aisément destructible.

Après trois bons coups d’épaule, les gonds se décidèrent à sauter, le tout faisant trembler le bâtiment qui menaçait plus que jamais de s’effondrer. Lorsqu’il put enfin rentrer, accompagné de la lumière du jour, il remarqua que la jeune femme était bien présente, toujours inconsciente, mais se trouvait aussi non loin un cadavre d’un autre homme qui semblait s’être débattu un certain moment avant d’avoir été tué puis dévoré. Mais nulle trace du Kappa, caché ailleurs, voulant probablement éviter de se retrouver dos au mur, surtout en pleine journée où il était le plus vulnérable et affaibli par les affrontements au palais.

La jeune femme était à mettre en sécurité. Lorsque le templier passa le pas de la porte, un bruit se fit entendre derrière lui. Quelqu’un était tombé sur le palier, là où il se trouvait quelques instants auparavant.

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