Vollmond & Arc : Chapitre 4

Vollmond n’eut pas le temps de se retourner qu’il entendit l’intrus se précipiter vers lui, faisant craquer chaque mètre du plancher de la bâtisse. Par réflexe, il dégaina sa lame et se retourna pour faire face à la menace.

Face à lui, se trouvait une Vampire, qu’il reconnut instantanément grâce aux griffes calcifiées qui lui servaient d’armes. Son apparence tranchait radicalement avec toute autre personne qu’avait pu rencontrer le templier jusqu’alors. Le crâne était dépourvu de cheveux, comme si ces derniers avaient été rasés au plus près et d’une façon extrêmement précise. Le visage, lui, était fin, et ne portait aucune cicatrice ou marque particulière, ce qui lui donnait un air presque inhumain qui dérangeait le templier. Le regard était aussi inexpressif et fermé que possible. Le vêtement que était d’une matière tout à fait particulière qui ne s’apparentait à aucun textile ou cuir connu du templier. Sa tenue couvrait son corps, ne laissant nu que sa tête, ses mains et ses pieds. La matière était d’un blanc pur et opaque, une couleur rarement vue, surtout quand les tissus se retrouvaient rapidement teintés par la saleté et la terre. Ici, le vêtement laissait la poussière glisser sur elle et le laissait immaculé..

Après avoir bloqué un premier coup de griffe qui se dirigeait vers son flanc avec son épée, le Lycan tenta de repousser son adversaire d’un coup de pied pour tenter de mettre de la distance entre lui et elle. L’inconnue, usant de son agilité de Vampire, esquiva et usa du mur de l’habitation comme un point d’appui pour rebondir et tenter une attaque de dos. Vollmond, rodé au combat, y voyait là une des habitudes des suceurs de sang. Moins forts et résistants que lui, ils jouaient alors sur leur vitesse et leur agilité pour se battre de la même manière dans des lieux clos afin de gagner un avantage sur l’homme-loup qu’ils n’avaient pas sur terrain plat.

Après ces premiers échanges et avoir pris le rythme de la bataille, il analysa alors ses possibilités. Son adversaire était tout à fait compétent, savait se battre et ne tentait rien de dangereux tout en l’étant assez pour qu’il n’ait pas à baisser sa garde. La jeune femme était toujours inconsciente et chaque coup échangé faisait trembler la bâtisse. Il y avait aussi le cadavre qui traînait encore sur le sol et, s’il était moins un problème, le templier aurait au moins apprécié qu’il puisse avoir une sépulture décente.

De l’autre côté, il ne comprenait pas vraiment ce que lui voulait cette Vampire. Cherchait-elle à l’éliminer lui ? À éliminer un templier ? L’a-t-elle pris pour le Kappa ? Si elle représentait une menace bien réelle, il aurait bien aimé en savoir plus. Le fait qu’ils se battent ici, là où la créature avait trouvé séjour n’était probablement pas un hasard et cela l’intriguait beaucoup. Elle ne semblait pourtant pas ouverte à la discussion. Chercher à l’immobiliser sans la tuer était donc un autre de ses soucis. Restait à savoir comment.

Le bâtiment grinçant et chancelant de plus en plus fut rapidement une nouvelle préoccupation. Il pouvait s’effondrer sur tout le monde très rapidement. Pour autant, voir cela comme un problème était, pour le templier, peut-être précipité. Il fallait tirer avantage de tout ce qui se rapprochait de près ou de loin à son combat. Réfléchir, tout en ne se laissant pas déborder. Le combat, après plusieurs minutes, stagnait malgré les coups qui continuaient à être échangés. Et aucun des deux ne semblait faiblir. Il fallait en finir d’un seul coup et il tenait peut-être là l’une de ses rares occasions. Le combat ne se finirait pas de lui-même, lui comme elle était bien entraînés et aucun des deux ne semblait prendre l’avantage sur l’autre.

Dans sa tête, l’idée était assez simple : créer de l’espace avec l’adversaire, récupérer la jeune femme et le corps, les sortir et faire s’effondrer le bâtiment, avec l’adversaire encore à l’intérieur si possible, ou continuer le combat sans le désavantage du bâtiment. Mais il fallait être rapide et Vollmond dut se décider lorsqu’il entendit l’une des poutres du plafond, en réalité une vieille planche vermoulue et soutenant en partie la tôle servant de toit, se mettre à craquer, puis à céder, provoquant un premier affaissement des murs. Le templier comprit rapidement la situation dans lequel il était à ce moment-là et profita du fait que la Vampire s’était intéressée à son environnement pour la repousser contre un mur.

La transhumaine heurta la bâtisse, ce qui précipita un peu plus la chute du bâtiment et ne laissa au Lycan que le temps nécessaire pour prendre la jeune femme kidnappée dans ses bras avant de passer lui-même les murs du cabanon. Le cadavre étant ce qu’il était, la priorité était la jeune femme.

Le vacarme de la chute cessa aussi rapidement qu’il avait commencé. Vollmond inspecta tout d’abord la victime et constata, malgré les quelques éraflures provoquées par ce sauvetage improvisé, qu’elle était toujours vivante et hors de danger, bien qu’inconsciente. La Vampire, elle, ne semblait pas bouger. Il était seul. Le templier devait prioriser ses actions. Sa seule inquiétude était la possibilité que des personnes extérieures, voire le Kappa lui-même, s’en prenne à l’une ou l’autre ou se mette à fouiller non loin des décombres. Enfin, s’il voulait interroger son ancienne adversaire, ce serait au calme et à l’abri des regards indiscrets. Sa chambre ferait l’affaire, même si sa déontologie lui dictait de prévenir Redge. S’il n’était pas forcément d’une grande aide dans cette situation, le Lycan souhaitait que tout soit clair avec lui et qu’il n’ait pas de mauvaise surprise. Surtout avec une Vampire dont il ne savait pas encore les motivations.

La jeune femme n’était pas la priorité. Il devait la remettre aux autorités sans attirer l’attention sur la Vampire. Il fallait d’abord s’occuper de cette dernière, la mettre en lieu sûr et si possible sous clé pour éviter qu’elle ne fuie avant son retour puis revenir gérer la situation de la jeune femme. Il savait se repérer dans la Ville Basse et il n’en avait pas pour longtemps. Pour autant elle ne devait être abandonnée à son sort et le templier usa de quelques morceaux de tôles pour la cacher des regard indiscrets.

Vollmond s’activa à déblayer les débris. La poussière était retombée et rien ne semblait se mouvoir sous la tôle et les planches de la ruine. Les débris ne lui parurent pas trop lourds pour lui et il trouva rapidement le corps inanimé de la transhumaine. La chute du bâtiment n’avait pas été sans conséquence sur elle. Suite à un examen rapide, révélant quelques éraflures et une entorse qui empêcheront la Vampire de se mouvoir comme elle le souhaiterait et par conséquent de couper toute velléité agressive qu’elle pourrait avoir à son réveil. C’était pour le mieux, clairement. Il était probable qu’elle ne cherche pas nécessairement à discuter une fois réveillée, ou du moins que ce ne serait pas sa première option.

La Vampire fut déposée sur le lit. Il sembla alors pour le templier que s’occuper de ses blessures n’étaient pas la priorité. Surtout avec la jeune femme laissée abandonnée à son sort. Il suffisait de bien verrouiller la porte derrière lui puis d’informer Redge. Il descendit l’immeuble et se dirigea tranquillement vers l’échoppe de son collaborateur.

– Un souci, Vollmond ? demanda le commerçant alors qu’il entraînait le templier dans l’arrière-boutique.

– Pas vraiment, j’essaye d’éviter tout problème, justement. J’ai quelqu’un de blessé dans la chambre, une Vampire. J’étais sur la piste du Kappa quand elle a attaqué. Je ne sais pas vraiment ce qu’elle me veut mais je doute du fait qu’elle engageant le combat au moment où je suis sur la bonne piste soit une simple coïncidence.

– Tu veux de quoi faire les premiers soins ?

– En fait je venais pour te mettre au courant de la situation actuelle. Je ne sais pas trop ce qu’elle me veut, juste que tu saches ce qu’il se passe en cas de souci. Histoire d’éviter tout malentendu. Mais si tu peux me mettre quelques bandages de côté, je ne dis pas non. Si j’arrive à ouvrir le dialogue et calmer le jeu ça pourrait être utile.

– Tu penses que tu peux régler ça ?

– Ben à moins que ce soit spécifiquement contre moi, mais ça me semble peu probable. Ou alors c’est quelqu’un qui a une dent contre les templiers.

– Quelqu’un qui voudrait se venger de l’Inquisition ? Ça fait quoi, trente ans ? J’étais encore gamin quand c’est arrivé. Je ne sais pas quel âge elle a, mais ça me semble trop peu probable.

– C’est pour ça que je pense que c’est lié au Kappa.

– Elle t’aurait pris pour lui ?

– Si la jeune femme qu’il a kidnappée était une connaissance, pas impossible qu’elle ait pensé que ce soit moi. Corrige-moi si je me trompe mais comme les Kappas vivent soit dans les marais, soit sur les côtes, ça doit être le premier qui se montre ici. Que les gens ne sachent pas ce que c’est ne me surprendrait pas.

– Pas faux. Donc pour toi c’est un quiproquo ?

– On verra. Je te laisse, j’ai encore une affaire à régler avant de m’occuper de ça comme il faut.  Je n’en ai pas pour longtemps.

– Je ne te retiens pas plus, je prépare ce qu’il te faut pour ton retour.

Le templier quitta la boutique et refit le chemin inverse de celui qu’il avait pris pour sortir de la Ville Basse. Lorsqu’il se trouva de nouveau sur les lieux de l’affrontement, rien n’avait bougé. La jeune femme était encore inconsciente et personne ne semblait s’être intéressé aux ruines. Le plus important était la victime, il fallait la transporter et la remettre aux autorités compétentes qui seraient bien plus aptes que lui à la prendre en charge.

Il prit la jeune femme sur son dos et décida de rejoindre l’un des postes de contrôle. Par chance, ceux menant à la Ville Basse étaient visibles depuis sa position, et il n’avait alors qu’à se diriger vers celle-ci. Ce second passage dans les Bidonvilles lui permit de se rendre compte qu’ils étaient au-delà de l’émulsion permanente, une forme de logique propre à l’endroit semblait faire régner un semblant d’ordre. L’autre était systématiquement vu comme une nuisance et si des groupes se formaient c’était par intérêt et appât du gain, notamment à travers les gangs qui semblaient sévir au cœur de la troisième zone de la Cité.

De fait, le Lycan transportant la jeune femme constatait le regard que lui portaient les passants et habitants. Si à son premier passage les gens s’intéressaient plus à son accoutrement de templier, et à l’image que cela renvoyait (en bien comme en mal), ici c’était son comportement et la jeune femme qui attiraient le regard. Il se sentit vraiment comme un étranger et nota les regards suspicieux qui le fixaient tout au long de son parcours jusqu’à la porte vers la Ville Basse.

Arrivé au poste frontière, il remarqua un petit groupe de soldat entourant une jeune femme. Sa tenue ne ressemblait en rien à celle des miliciens ni des personnes vivant dans la Ville Basse. Vollmond en tira alors rapidement à la conclusion qu’elle était probablement une acolyte de Gabriel.

– Je vous fais le topo : on nous a alertés qu’un bâtiment s’était effondré pas loin des berges juste derrière les murs. On ne sait pas si c’est juste quelqu’un qui a construit n’importe comment ou si c’est dû à l’attaque de cette nuit. On inspecte, on fait ce qu’il y a à faire et on rentre faire notre rapport. Je sais que c’est en dehors de la Ville-Basse et donc pas de notre ressort mais avec l’attaque d’hier on est jamais trop prudent.

– C’est moi, répondit le Lycan pour attirer l’attention sur lui.

La jeune femme se retourna pour savoir à qui elle avait à faire. Le Lycan remarqua alors que c’était un être mécanisé. Une Androïde ou une Cyborg. Il avait pu rencontrer les deux et en côtoyer mais la différence n’était au final réduite qu’à une simple question : le cerveau était-il humain ou mécanique ? Une donnée que certains parfois ignoraient jusqu’à leur mort. La règle des templiers en la matière était très simple : peu importe, ils devaient être traités d’égal à égal avec toute autre personne et ceux qui les rejoignaient étaient traités de la même façon. Quand bien même certains Androïdes, parfois très anciens, étaient très peu évolués.

Celle-ci affichait clairement sa condition à travers la peau métallisée de son visage. Elle possédait une chevelure courte, coupée au carré, semblant quasi-naturelle. Sa tenue vestimentaire se limitait à un débardeur noir laissant apparaître des bras finement sculptés et articulés et surtout armurés par de fines écailles d’acier le long des avant-bras. Elle portait un treillis et des bottes militaires comme certains pouvaient en avoir en arrivant chez les templiers ou comme il avait pu voir ceux de la Légion en porter.

– C’était un bâtiment en ruine qui a été scellé par le Kappa. J’ai voulu forcer l’entrée mais le bâtiment s’est effondré sur nous, continua le templier avant de désigner la jeune femme sur son dos. Je l’ai sortie de là mais j’ai peur que celui qui occupait l’endroit ait été tué. Je n’ai pas vu le Kappa, je crois qu’il se cache dans le fleuve pour le moment. Ou autre part dans la Cité ou les Bidonvilles. Il a pu entrer par un passage sous le mur. Il n’a probablement même pas eu besoin de rentrer dans le fleuve pour sortir de la Ville Basse.

Éluder la Vampire, ils n’avaient pas besoin de savoir ça en particulier. S’il pouvait éviter de les avoir sur le dos pour l’interroger, ce serait un début. Dans tous les cas, rien ne supposait que Gabriel et sa milice connaissent l’existence de celle-ci.

– On va prendre le relais. Merci de l’information. Je suis Airey. Vous deux, fit-elle en désignant deux miliciens, vous allez me chercher un brancard. Les autres vous partez avec moi et on va chercher le corps. Tu peux y aller, Gabriel nous a dit de te laisser faire ce que tu avais à faire.

Le Lycan délogea la jeune femme de son dos et la remit délicatement aux deux soldats rapidement revenus de la tente à proximité du point de passage avec un petit lit portatif fabriqué avec deux barres de fer et un bout de toile. Le templier la regarda, toujours inconsciente et la laissa aux mains des miliciens avant de saluer la femme mécanisée et de s’éclipser vers l’appartement.

Laisser un commentaire