Vollmond & Arc : Chapitre 8

Arc était restée alitée après le départ du templier. Elle avait essayé de trouver le sommeil, sans succès, pour au final se perdre dans ses pensées. Du peu qu’elle se souvenait d’avant sa mission, de tout ce qu’elle savait, et surtout de tout ce qu’elle ignorait. Le monde au-delà de la Cité. Ce dont on ne lui parlait pas. Et elle allait se retrouver là-bas. Et c’était probablement mieux que de mourir. Il y avait de la peur des deux côtés. Mais celle de mourir était beaucoup plus intense que de faire face au monde extérieur dont elle ignorait tout. Dans tous les cas, elle savait qu’elle pouvait compter sur le templier pour l’accompagner. Et il semblait bien mieux connaitre le monde. Ce qui était rassurant.

Quelques heures passèrent sans nouvelle du Lycan. Il n’avait pas donné d’heure de retour et cela commençait à l’inquiéter. Les heures s’écoulaient et le moment où elle serait prise en chasse à son tour se rapprochait tout autant. Et s’il n’était pas là, elle serait alors forcée de se débrouiller toute seule pour se défendre et fuir. Et elle savait, même si elle avait récupéré une bonne partie de ses forces, qu’elle avait peu de chances face à ses trois anciens camarades. Et plus elle y pensait, plus elle sentait la panique et la peur l’emporter dans une spirale infernale, la forçant à se recroqueviller et à fixer la porte.

Elle entendit du bruit, on montait jusqu’à la chambre. Elle se méfia et chercha à se lever au cas où elle devrait se défendre. Lorsque la porte s’ouvrit, elle était assise sur le bord du lit, s’attendant à n’importe quoi. Ce fut cependant le templier qui était de retour, s’étonnant de trouver la Vampire hors de son lit. Avant de réaliser rapidement qu’il l’avait laissée sans nouvelles pendant plusieurs heures.

– Je suis désolé. Faire ce que j’avais à faire m’a demandé plus de temps qu’espéré. J’ai de bonnes et de mauvaises nouvelles.

La Vampire se détendit et souffla un moment, la peur laissant place au soulagement. Elle laissa au templier le temps de s’installer et de s’expliquer.

– Pour commencer, chasser le Kappa va m’être, va nous être plus facile que prévu. Le fait qu’on l’ait retrouvé et qu’il ait été blessé hier soir l’a forcé à changer de tactique. Il va chercher à nous affronter directement. Il nous a suivis jusqu’ici. Et va probablement venir nous attaquer de lui-même. Ça veut dire qu’on n’aura probablement pas à le chercher, mais que le combat se déroulera selon ses termes. Mais on a tout à y gagner dans notre situation.

– Ça veut dire…

– Que pour l’instant la mission que j’ai ne m’empêchera pas de te protéger de tes trois camarades. Dans l’absolu. J’ai pu envoyer mon rapport aux miens. Et j’ai demandé leur aide. Je leur ai donné un point de rendez-vous à l’une des entrées de la Ville Basse, à l’ouest. S’ils se mettent en chemin dès qu’ils la reçoivent ils devraient arriver dans la nuit. On sera probablement pris en chasse à leur arrivée. Par contre je n’ai pas pu trouver ni Gabriel ni Airey. Même si j’ai pu leur transmettre un message, je ne sais pas quand ils l’auront. On ferait mieux de ne pas compter sur leur aide.

Elle soupira. Vollmond avait accepté de l’aider. Le monde extérieur non. Elle devait l’accepter.

– J’ai emprunté un vieux plan de la ville à Redge. Ne serait-ce que pour indiquer aux templiers le point de rendez-vous, mais pour qu’on puisse trouver le meilleur itinéraire pour atteindre la sortie de la Ville Basse.

Il déplia le papier pour dévoiler l’intégralité des rues de la Cité. Elle était identifiable, parcourue par le fleuve et par la présence de l’Ile au milieu de celui-ci, où se trouvait la Ville Haute. Il commença par pointer l’une des entrées.

– Je leur ai donné rendez-vous ici. Porte ouest. Elle a pas mal d’avantages. D’une pour mes camarades, elle est plus proche et ils ne perdront pas de temps à faire le tour des Bidonvilles. Deuxièmement, parmi les entrées il y en a trois qui donnent sur de grandes avenues. Elles sont dégagées et nous permettront, à défaut de les affronter, de les fuir jusqu’aux portes. Une fois ici, avec un peu de chance on aura l’appui de mes camarades. Et enfin, c’est assez proche du quartier général. Si affrontement il y a on devrait attirer du monde. Je sais qu’il ne faut pas trop compter sur eux mais quitte à mettre en jeu notre chance, autant bien le faire.

La Vampire acquiesça, attentive. Elle-même avait la carte en tête, c’était l’une des choses qu’on lui avait imprimé avant de partir, afin qu’elle sache se repérer dans la ville. Il y avait ici et là des différences sur ce qu’on lui avait appris et ce qu’elle voyait. Sa version était beaucoup plus claire aussi, avec des noms de lieux et de rues qui différaient grandement. En réalité, si ce qu’elle connaissait était nommé en grande partie, la carte que possédait Vollmond numérotait les différents axes de circulation et certains lieux possédaient encore leur ancien nom. Ainsi, la grande avenue où se trouvait la porte, affublée du numéro 2, évoquait pour elle l’avenue des Champs-Élysées. La différence se faisait par la présence de la porte, bien marquée sur le papier du templier mais qui était la bordure du monde connu de la Ville Haute qui ne pouvait évoquer que les ruines de la Place de l’Étoile. Au-delà… C’était l’inconnu. Le noir total, pour elle comme pour ceux qui allaient s’en prendre à elle.

– Nous sommes actuellement ici, continua le Lycan en pointant du doigt un endroit bien précis au nord-est de la cité, éloigné certes, mais sur la même rive. Dans l’idéal il faudrait que nous affrontions le Kappa en chemin. Mais ce sera lui qui voudra probablement choisir quand attaquer et je pense qu’il faudra lui donner ce qu’il veut. Probablement un endroit où nous serons dos au mur, et loin de tout. Toujours d’attaque ?

– Oui.

– Bien, on a encore une petite heure avant le coucher du soleil.

La nuit était rapidement tombée sur la ville, aidée par les nuages dans le ciel qui annonçait de fortes pluies. L’air, sec et embrumé par la poussière en journée, avait laissé place à une humidité qui rendait l’air plus respirable mais aussi bien plus poisseux. Vollmond l’avait bien senti lorsqu’il était ressorti et sentait la poussière qui s’était accumulée depuis son arrivée coller à sa fourrure. Et il n’appréciait pas du tout.

Aujourd’hui encore les rues semblaient bien vides. Leur première étape avait été de saluer une dernière fois Redge et de lui remettre les clés de l’habitation avant de commencer la chasse. Et personne n’osait s’aventurer dans les rues, dont seule la pluie naissante et la présence du duo brisaient le silence. En réalité, ce qui inquiétait le plus le templier c’était que l’eau était en train de laver toute odeur, et notamment celle du Kappa. Avec un peu de chance, la créature les suivait et attendait le bon moment pour frapper. Dans tous les cas il fallait se rapprocher de la porte ouest. Pour autant, ils voulaient éviter de se trouver trop près du fleuve, là où il était plus probable qu’il se cache, afin de maintenir le plus de distance possible avec la Ville Haute au moment où ils seraient pris en chasse à leur tour.

Les deux avaient commencé leur voyage vers l’ouest. Le temps était d’abord passé d’humide à légèrement pluvieux et avait maintenant laissé place à des trombes d’eaux incessantes. Toute odeur rincée, le Lycan se trouvait maintenant incapable de savoir s’ils étaient sur la trace du Kappa ou non.

Alors qu’un quart du chemin était parcouru, sortis d’un grand axe de la cité, des bruits se firent entendre. Bruits de pas à peine dissimulés par la pluie, gravier de la chaussée remué, et enfin pour les oreilles des deux transhumains, attentifs, une respiration chaotique et légèrement difficile. Ils continuèrent leur chemin. Ils se trouvaient dans une rue, à la vue de tous, et avaient un moyen de fuir en cas de problème, ce qui n’allait pas inciter la créature à attaquer. Ils échangèrent un regard, juste assez pour ne rien montrer autre chose qu’ils se comprenaient.

Presque deux heures s’étaient écoulées depuis le début de leur marche, dont une heure où ils se savaient pris en chasse. Et ils continuaient d’avancer vers l’ouest, sans jamais trouver d’endroit favorable. Le Kappa se montrait patient et était resté à la même distance, ce qui n’arrangeait pas exactement les choses. Arc continuait à écouler le temps qu’il lui restait. Au final, moins d’une heure, probablement un peu plus avant la prise en chasse. Ils avaient cependant réussi à se rapprocher et étaient désormais à mi-chemin. Un petit peu moins en considérant que la grande avenue leur permettrait d’avancer rapidement vers la sortie.

Alors que la Vampire avançait, perdue dans ses pensées, le templier remarqua rapidement, entre deux bâtiments, un petit passage. Ce n’était pas le premier qu’il trouvait, et systématiquement ils s’y engageaient dans l’espoir de tomber sur un cul-de-sac. Cette fois-ci c’était la bonne. S’il n’y avait pas de mur bloquant le chemin, un immense tas d’ordure et de tôles se tenait entre les deux immeubles.

Lorsqu’ils se retournèrent, comme pour faire demi-tour, ils se retrouvèrent face à une silhouette dessinée par le peu de lumière que proposaient les lampadaires malmenés par le temps de l’allée précédente. Le Kappa, de toute évidence, même si celui-ci se trouvait dans une position étrange.

La créature était courbée, sur elle-même. Elle ne semblait pas réellement avancer mais plus tituber maladroitement. Vollmond chercha dans la pénombre et reconnut assez rapidement, au niveau de l’épaule droite, la blessure qu’avait infligée Arc la nuit précédente. La plaie semblait s’être infectée, si elle ne saignait pas, ou peu, elle avait clairement enflé et pris une teinte verdâtre particulière, même sur la peau blafarde de la créature. Du même côté le bras était tremblotant et maintenu près de la poitrine.

Arc connaissait beaucoup moins la créature que le templier, mais elle comprenait à peu près la même chose sur la situation de la créature. Elle ne l’avait pas juste blessée, elle était mourante et elle espérait se venger sur eux. Ou à défaut quelqu’un d’autre. Sa respiration, chaotique, s’était accélérée depuis que le Kappa s’était présenté devant eux. Elle, sa mission étant obsolète, n’avait aucune autre raison de se battre autre que sa défense. Il n’y avait pas d’animosité particulière envers lui, juste l’envie de vivre. À ce moment précis, elle se demanda si la cyborg ressentait la même chose vis à vis des autres Vampires, ceux qui l’avaient précédée, et qui l’avaient attaquée.

– Finissons-en, souffla le templier, dégainant sa lame pour la première fois depuis son arrivée dans la Cité.

Le Kappa siffla en réponse, avant de se jeter, difficilement à quatre pattes contre les deux adversaires. Il allait tenter de profiter de la pénombre pour rendre moins lisible ses attaques. Le templier et la synthétique, eux, avaient leur expérience et leur nombre pour eux afin de terrasser la bête. Le plus rapidement possible, car leur temps était compté.

Laisser un commentaire