Vollmond & Arc : Chapitre 9

La créature, rampant péniblement, s’était jetée vers la Vampire, plus petite que le Lycan. Cette dernière avait répondu, ses propres griffes formées, d’un coup large, forçant la créature à reculer. Arc remua un peu les bras, n’ayant pas pu réellement les bouger ces dernières heures. Elle avait presque récupéré l’intégralité de ses capacités. S’ils n’étaient pas dans un lieu si sombre, elle n’aurait pas hésité à profiter de l’exiguïté de l’endroit pour frapper.

Le templier s’était avancé, l’arme en main et sans précipitation. La créature se tourna vers lui, et continua à siffler pour tenter d’intimider son adversaire. Cette fois ce fut au tour du Lycan de frapper, d’un simple mouvement du bras, mais fut esquivé par la bête qui fit un pas de côté avant de tenter de contrer, puis de se raviser en voyant qu’elle était attendue par le templier, prêt à la saisir.

– Il faut qu’on réussisse à l’immobiliser. Il cherche à frapper mais est trop méfiant.

C’était risqué, aller au contact c’était prendre le risque d’être blessé. Mais ils voulaient en finir rapidement. La créature avait tout son temps, pas eux. Ils échangèrent un regard, dans cette ruelle, particulièrement étroite ils avaient du mal à profiter de l’avantage du nombre. Mais si l’un d’eux réussissait à passer derrière, le combat prendrait une toute autre tournure.

– Je peux le contourner.

– Bien. Je vais l’occuper.

D’un seul mouvement, ils s’élancèrent. La créature n’allait pas se laisser faire, elle voulait jouer de son agilité et son aisance sur le sol humide. En particulier depuis qu’elle voyait que la Vampire avait reculé. Le Kappa sentait qu’ils préparaient quelque chose et ne put que répondre en tentant de contrer le Lycan qui s’était jeté sur lui dans un grand coup d’estoc. Il recula alors dans un bond, ce qui n’empêcha pas le templier de continuer à se rapprocher et de suivre le mouvement en tentant de saisir par la droite la créature. Celle-ci, sentant bien qu’elle n’allait pas pouvoir éternellement reculer, décida de contrer en allant elle-même au contact.

Le Kappa ne vit alors rien de la Vampire qui s’était élancée. Arc avait profité de l’action et de son agilité pour effectuer un saut. Après quelques pas rapides elle avait pris appui sur le dos de son partenaire et avait sauté par-dessus la mêlée.

Un court instant plus tard, après que la gravité ne la rappelle, elle dut se préparer à atterrir sans encombre. Le sol était cependant glissant, trempé par la pluie, et la Vampire sentit les limites que lui imposait sa blessure lorsqu’elle chercha à retrouver son équilibre. Elle sentit la douleur la frapper au point de la faire vaciller et dut se stabiliser avec son dernier bras valide. Elle se retourna alors pour voir le Kappa, mordant le bras gauche de Vollmond, et saisissant de son dernier bras valide le poignet où se trouvait la lame.

Le Lycan tenait le coup. Il pouvait toujours se battre, et il savait qu’avec la pluie la blessure allait rapidement être nettoyée. Arc était maintenant derrière la créature qui allait soit devoir réagir rapidement, soit mourir. Son inquiétude était de ne pas savoir quand et comment les Vampires allaient frapper. Sa camarade était bien plus au fait du temps qu’il leur restait, et si celle-ci ne paniquait pas plus que ça, il n’y avait pas de raison de s’en faire non plus.

Le Kappa réalisa, dans le même temps, que la situation ne s’arrangeait pas pour lui. Elle était dans son dos. Son premier réflexe fut de lâcher le Lycan et de reculer, mais ne sachant pas où se tourner, la bête recommença à siffler, d’abord vers elle, puis vers lui. Dans un mouvement désespéré, elle se tourna alors vers l’ancienne chasseuse de la Ville Haute.

Arc se décida à contrer. Elle voyait le danger que représentait encore la bête. Blessée, et désespérée elle pouvait encore les atteindre. Elle recula, gardant ses distances, en particulier lorsque Vollmond avait suivi le Kappa de près. Ne pouvant non plus l’ignorer, ce dernier s’arrêta dans sa course, se tournant subitement vers le Lycan, en continuant de siffler agressivement afin de tenter de les maintenir éloignés.

Dans la panique, la créature, bien qu’habile habituellement sur les sols trempés, glissa, n’arrivant pas à se mouvoir comme elle le souhaitait avec son propre bras immobilisé. Ce fut une occasion à saisir, la créature sur la défensive n’allait pas pouvoir réagir, pas à cet instant ni dans les quelques secondes qui allaient suivre. Et il n’en fallait pas moins pour que les deux tentent d’achever la créature. Ils n’avaient pas cherché à comprendre, et en réalité Vollmond s’était attendu à ce qu’elle attaque, il avait interprété le mouvement comme tel et n’avait réalisé son erreur d’appréciation qu’au moment où la créature dut poser un genou à terre pour retrouver une forme de stabilité.

Arc avait été plus rapide. Parce qu’elle n’avait pas réfléchi à ce que faisait le Kappa et qu’elle n’avait vu que l’opportunité de frapper. Sa condition de Vampire, bien plus agile et vive qu’un Lycan, même bien entrainé, facilitait les choses. Armée de ses griffes elle donna un coup dans la gorge de la créature qui se mit à saigner abondamment. Celle-ci, réalisant ce qu’il venait de se passer, tenta avec ses mains palmées de compresser la plaie afin d’arrêter l’hémorragie avant de s’effondrer au sol, convulsant et s’étouffant avec le sang qui envahissait d’abord ses voies respiratoires avant de pénétrer dans ses poumons.

Vollmond s’était arrêté, voyant que la créature était hors d’état de nuire. Cependant, devant l’agonie du Kappa, il décida de l’achever en enfonçant sa lame au niveau des tempes de la créature qui poussa un petit gémissement avant de s’éteindre définitivement.

Les mains relâchant la pression autour du cou, le sang commença à ruisseler le long du corps de la créature avant d’atteindre le sol où il était rapidement dilué et rincé par la pluie. Ne restait que l’odeur, que ne connaissait que trop bien l’homme-loup. Celle de la mort, des personnes que les templiers avaient essayé de soigner, d’aider, parfois trop tard, et parfois d’adversaires qui refusaient d’entendre raison et qui préféraient mourir plutôt que d’arrêter de faire le mal. Ce à quoi il était moins habitué, en revanche, c’était l’odeur de son sang. Ce n’était pas la première fois qu’il était blessé, bien sûr, même c’était toujours une odeur dont il n’arrivait pas à se détacher et qui le surprenait toujours. C’était son sang, son odeur, et cela restait une expérience particulière.

– Tu vas bien ? Demanda la Vampire au templier.

– Oui, ça va. Ça fait mal et c’est handicapant mais je peux continuer à utiliser mon bras pour l’instant. Ça peut attendre.

Le templier avait répondu en prenant le corps de la créature dans ses bras. Il avait rangé sa lame à sa ceinture et soulevé le Kappa inanimé.

– Pourquoi ? lui demanda la Vampire, cherchant à comprendre le comportement du templier.

– J’aimerais que le corps soit trouvé assez rapidement demain, ne serait-ce que pour que l’on sache que la menace a été éliminée. Et si ce n’est pas le cas, le corps risque de rester pourrir ici, et répandre une infection dans la ville. Là, les gens pourront se débarrasser du corps comme ils le souhaiteront. Et les Kappas n’ont pas réellement de rites funéraires. Ils ont une vision très utilitariste des cadavres. Et je ne pense pas qu’on puisse en faire quoi que ce soit en ce moment.

– Non, je voulais dire… pourquoi l’avoir achevé ? Il… était déjà en train de mourir.

– Je… pense que dans la mesure du possible, il faut éviter de faire souffrir. Les Kappas sont… un problème. Je ne sais pas si on peut les appeler des transhumains, mais le fait est, qu’à l’origine, il y a une part d’humanité qui s’est perdue. Et… la vérité c’est que ça me pose un problème. Nous n’arrivons pas à dialoguer avec les Kappas, et on a aucune connaissance de Kappas qui se soient intégrés à un village, ou à une société. Pour autant ils ne sont pas si différents de moi, qui suis né de parents transhumains. Et… des transhumains sont régulièrement chassés, lynchés, abattus, comme on le ferait pour des Kappas. Pour des raisons absurdes, parce que des humains cherchent à les dominer pour les exploiter… Et parfois je me demande si on ne reproduit pas juste ça envers les Kappas.

Le Lycan fit une pause, ils étaient sortis de la ruelle et le corps avait été déposé délicatement sur le côté de la rue. Vollmond soupira avant de faire signe à la Vampire qu’il fallait se mettre en mouvement. Le temps allait leur manquer et il était plus que probable qu’ils se fassent rattraper rapidement. Il reprit alors ses réflexions, lançant la marche.

– Et dans le même temps on ne doit pas détourner le regard sur ce qu’ils font. Les Kappas détruisent les vies de femmes, les font souffrir et il faut empêcher ça. Et malheureusement l’impossibilité que l’on a pour le moment à dialoguer avec eux et la violence de leurs actes font que nous n’avons pas de réponse pacifique. Notre politique en la matière est de n’intervenir que lorsqu’il y a des rapts pour y mettre fin. Lorsqu’on est informés de la présence d’un groupe près d’un village, et qu’il n’y a pas eu d’attaques, on essaye d’informer les gens, de leur expliquer comment il faut agir pour éviter d’avoir le moindre problème. Mais ça ne dure jamais éternellement et ça finit presque toujours dans le sang. Et du coup… je pense qu’il fallait mettre un terme à ce qu’il faisait. À lui et à son groupe, parce qu’ils causaient du tort. Pour autant on est pas à l’abri de s’être trompés depuis le début et qu’on ait participé à leur destruction alors qu’on aurait pu les aider, trouver un moyen d’entrer en contact avec eux, et peut être changer chez eux ce qui devait être changé. Si c’est le cas, et j’espère que ce sera le cas un jour, il faudra que l’on apprenne de nos erreurs, que l’on change et travailler à ce que ça ne se reproduise plus jamais.

Il termina avec un nouveau soupir, bien conscient d’avoir débordé sur la question que lui avait posée la Vampire et qu’il l’avait probablement perdue plus qu’autre chose. Elle, de son côté, l’avait écouté. Certes, sans saisir encore la totalité des tenants et aboutissants du discours, mais cela représentait une réponse, malgré tout, et parce que cela lui permettait de ne pas penser au fait que d’ici quelques minutes son temps serait écoulé. Et cette réalité l’inquiétait, malgré toute l’organisation et la préparation qui avaient eu lieu pour que sa fuite se passe le mieux possible.

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