Vollmond & Arc : Chapitre 11 (Fin)

– Vous avez de la chance… en quelque sorte. Les Vampires de la Ville Haute ont tendance à éviter le plus possible les Bidonvilles et n’ont jamais eu de contact avec les Lycans. Du coup ils ne se rendent pas compte qu’ils n’ont pas l’avantage en terrain plat. Ils se croient tout puissants mais dès que leurs attaques deviennent prévisibles ou qu’ils ne peuvent pas sauter dans tous les sens, ils se font massacrer.

Le templier et la Vampire avait été rejoints par le chef de la milice, et s’était dirigés, avec son aide, vers le poste des gardes où Vollmond avait donné rendez-vous à ses camarades. Si ceux-ci n’étaient pas encore arrivés, il pouvait se permettre d’attendre et de se reposer un peu. Ses mains, bien abimées par le combat, faisaient ruisseler lentement le sang qui s’écoulait des multiples blessures subies.

– Moi ce que je me demande c’est les moyens qu’ils ont pour nous repérer aussi facilement.

– Lorsqu’on est envoyés… pour ce type de mission, les données et la position de la… déviante sont montrés, sa direction probable. Mais je ne sais pas comment elles sont obtenues.

– Vous êtes équipés d’une puce. Une pièce de technologie bien à eux qui permet de vous localiser et qui leur envoie quelques informations. J’ai récupéré celles des vaincus d’aujourd’hui. Je peux aussi extraire celle que tu as dans le cou.

– Je…

– Pour quel usage ?

– Pour les priver d’informations sur nous, et sur le monde extérieur. J’imagine que je peux vous le dire mais Je leur fais la guerre depuis longtemps. Bien avant que je ne me retrouve à ce poste. . Je suis arrivé, j’ai obtenu et pérennisé cette place et la milice grâce à eux. Ou à cause d’eux.Il y avait des émeutes et la situation dégénérait dans les Bidonvilles. Ils avaient besoin de quelqu’un qui pouvait prendre les commandes, j’ai pris la tête de ceux de la Ville Basse qui voulaient mettre de l’ordre, et c’est devenu la milice. Tout ça pour se rendre compte que ce merdier était de leur faute, comme pas mal d’autres problèmes qui rongent la Cité. Je fais le maximum pour les emmerder. Je sais qu’en l’état je peux pas faire s’effondrer la Ville Haute mais j’essaye de réduire leur nuisance. Je me doute qu’ils savent et qu’ils attendent le bon moment pour me faire dégager. Mais je sais aussi qu’ils n’ont personnes pour me remplacer.

– Retirez-la. Je… Je ne veux rien avoir à faire avec votre combat, parce que je ne veux plus rien avoir à faire avec eux.

– D’accord. J’imagine que le templier peut s’occuper de ses blessures.

– Ne vous occupez pas de moi, avec le matériel que vous avez j’ai de quoi me soigner.

Le chef de la milice s’approcha de la synthétique et lui proposa de s’asseoir contre le pied du gigantesque monument qui servait de porte vers la Ville Basse. Une ruine en réalité d’une arche en pierre où l’on pouvait apercevoir en hauteur des figures sculptées qui avaient perdu des membres ou leur tête avec l’usure du temps. Ici ils se trouvaient un peu plus au sec, et dans tous les cas la pluie ne leur tombait pas dessus même si elle s’était calmée. Gabriel s’accroupit à côté d’elle, histoire d’être au plus près et de pouvoir extraire la pièce le plus aisément possible.

– Je ne suis pas médecin, je sais juste où la trouver, fit-il en sortant une petite lame de son trenchcoat. Je vais faire mal. Mais il n’y aura pas plus de dégâts. Ça fera juste une plaie à panser de plus.

Le Lycan, lui, avait pioché dans le matériel fourni par le dirigeant afin de nettoyer ses plaies avec de l’alcool. Plus concentré à soigner ses mains, il gardait cependant un regard vers les Bidonvilles et s’attendait à voir arriver ses camarades d’ici quelques minutes. Il commença alors à faire le bilan de la mission. Il avait… pu empêcher deux victimes de subir, plus que de nécessaire, les sévices du Kappa. Mais n’avait pas pu empêcher un mort. Il avait rencontré et affronté Arc lors de la recherche. Intrigué par l’attaque et pour comprendre il l’avait ramenée pour l’interroger. Et… les choses avaient énormément changé. Elle l’avait aidé, et il l’avait aidée. Parce qu’elle l’avait demandé. Et maintenant ? Il ne savait pas trop. Et il savait qu’il se devait d’en discuter avec elle. Ce qu’elle voulait faire, et si elle avait besoin de son aide ou pas.

– Et voilà, fit Gabriel en extrayant avec sa lame la puce sous la peau de la rebelle qui avait laissé échapper un grognement de douleur lorsque la lame avait tranché au niveau de sa nuque. Au mieux, ils te pensent morte, au pire ils savent que c’est moi qui ai fait ça.

– Merci.

– Il n’y a pas de quoi. Je saurai en faire bon usage. Et vous avez réglé le problème du Kappa, je vous dois bien ça.

La Vampire s’était assise et avait laissé le templier s’occuper de ses plaies, à commencer par la nouvelle sur sa nuque. Son attention finit par se détourner lorsqu’il reconnut au loin deux de ses camarades qui arrivaient depuis les Bidonvilles. Il y avait tout d’abord Cidran, qui lui avait indiqué la boutique de son frère qui l’avait logé. À ses côtés se trouvait l’une de ses camarades, Jannal, une autre lycantrope, . Ils portaient tous les deux la même tenue que leur camarade, l’épée à la ceinture et avaient sur leur dos un sac de vivres, contenant nourriture, eau, mais aussi bandages et matériel de secours.

Gabriel fit alors signe au Lycan de les rejoindre, prenant le relais pour soigner les plaies de la Vampire.

– Vollmond ! Comment va mon frère ? demanda Cidran avant de saluer son camarade d’une étreinte amicale.

– Bien ! Les affaires ne se portent pas trop mal pour lui et il ne manque de rien.

– Et toi alors ? Tu as pu venir à bout du Kappa ? Et des Vampires qui en avaient après celle que tu voulais aider ?

– Oui. Ça ne s’est pas fait sans heurts, expliqua-t-il en montrant les bandages qui couvraient ses mains. Mais c’est derrière nous. Et surtout derrière elle.

– Comment ça s’est déroulé ? demanda Jannal, ton rapport n’a pas expliqué comment tu en es arrivé là.

Derrière, la Vampire se laissait faire et voyait les quelques plaies, et notamment les griffures du combat, traitées par le chef de la milice. Elle regardait les trois templiers discuter bruyamment des événements récents, avant d’être tirée de ses pensées par l’humain.

– Alors, quelle est la suite pour toi ? En vérité je t’aurais bien proposé de travailler avec moi ici, mais de ce que je comprends c’est que tu veux t’éloigner le plus possible.

– Je ne sais pas.

– Tu penses rejoindre les templiers ?

– Non. Mais… je ne sais pas où aller. Je sais juste que je ne me sens pas de rejoindre un groupe. Je voudrais juste… vivre.

– Je connais un endroit. Je ne m’y suis pas rendu moi-même, mais Airey a vécu un bout de temps là-bas, à ce qu’elle a pu m’en dire. C’est une communauté qui vit pacifiquement sur un grand lac, dans les montagnes, à une semaine de marche d’ici. La route est connue et sûre et vous n’aurez aucun mal à trouver de quoi vous nourrir.

– Merci… Je vais y réfléchir.

Le chef de la milice, regarda les différents bandages et vérifia une dernière fois qu’il n’y ait plus de blessures, puis se contenta de tapoter amicalement l’épaule de la Vampire avant de se lever pour rejoindre les templiers et de la laisser à ses réflexions.

– Gabriel a abattu le dernier. Je ne comptais pas particulièrement sur son aide et on aurait pu s’en sortir, je pense, sans lui mais on a probablement pu éviter quelques blessures de plus.

– C’est pour le mieux. Tu as pu être soigné j’espère ?

– Oui, il nous a fourni de quoi couvrir nos plaies. Je m’en suis occupé le temps que vous arriviez.

– Et la concernant ? Comment elle va ?

– Physiquement, ça devrait aller. Pour ce qui est du reste… Je ne sais pas, on n’a pas encore eu le temps d’en parler.

– Tu sais ce qu’elle va faire après ? Elle vient avec nous ?

– Je ne sais pas. C’est à elle de faire son choix.

– Et toi alors ? Tu penses l’accompagner si elle ne vient pas avec nous ?

– Pourquoi pas ? Si elle le veut bien.

– Excusez-moi de vous interrompre dans vos retrouvailles. Puis-je m’entretenir avec vous ? demanda Gabriel aux deux templiers qui venaient d’arriver.

– Il n’y a pas de soucis, je vais vous laisser, s’excusa le Lycan avant d’aller s’asseoir auprès de la Vampire qui était resté silencieuse depuis tout ce temps, écoutant à peine la discussion qui commençait.

L’un comme l’autre avait les traits tirés par la fatigue de la nuit qui venait de se dérouler et du manque de sommeil qui se présentait à eux. Elle remarqua cependant la présence de son camarade.

– Est-ce que tu veux bien continuer à m’accompagner ? Je… sais que tu devais juste m’aider à survivre. À m’aider simplement à ne pas mourir mais…

– Rien ne m’oblige à rester à leurs côtés toute ma vie. Ils comprennent et les autres comprendront. Tant que tu auras besoin de moi, je serai là. Le jour où tu ne voudras plus que je t’aide ou t’accompagne, peut être que je reviendrai vers eux, ou alors j’aiderai quelqu’un d’autre.

– Merci.

– Tu sais ce que tu vas faire maintenant ?

– Il… commença-t-elle en désignant discrètement l’homme avec qui elle avait discuté quelques minutes auparavant. Il m’a dit qu’il y avait un endroit où je pourrais peut-être trouver ma place, loin d’ici. Au sud-est. Il dit que c’est un endroit où les personnes qui fuient cette ville vont pour être en sécurité. Je ne sais pas si j’y aurai ma place, mais je veux voir cela avant de juger.

– Soit. La pluie va bientôt s’arrêter. On se met en route dès maintenant ? Nous n’avons plus grand-chose à faire ici.

– Allons-y.

Les deux se levèrent. La jeune Vampire, désormais libre, regarda le templier embrasser une dernière fois ses camarades qui lui tendirent quelques vivres qu’ils avaient prévus pour lui et elle, où qu’ils aillent. Elle, de son côté, adressa un simple geste au chef de la milice qui le lui rendit, avec un sourire, ce dernier jouant avec la puce qu’il avait extraite de sa nuque quelques minutes plus tôt.

Les étoiles brillaient malgré le ciel qui commençait seulement à s’éclaircir et les quelques lumières venant de la Cité. Elles parurent pour les deux, illuminer les rues menant au monde extérieur. Les gouttes d’eau se faisaient de plus en plus rares et l’air frais se faisait lui bien plus agréable. Ne restaient alors que quelques flaques persistantes présentes grâce aux défauts de la chaussée qui se teintaient encore du sang dilué des poursuivants et allaient disparaître avant le lever du jour.

Après un nouvel échange de regard des deux amis, ils s’élancèrent, les templiers et le citadin les regardèrent s’engouffrer dans les Bidonvilles, encore endormis et plongés dans le noir, s’éloignant alors de la Cité, de ses murs et de son île qu’Arc, désormais libre, voulait laisser derrière elle afin de trouver sa place dans un monde dont elle ignorait tout.

Laisser un commentaire