Vollmond & Arc : Chapitre 2

Le jeune templier était parti le lendemain matin à l’aube. Il avait passé le reste de la journée à écouter les conseils de son camarade et s’était assez simplement préparé. Ce ne fut que lorsque le soleil fut à son zénith qu’il vit la Cité. Elle était, pour ce que Vollmond pouvait en voir, exactement comme l’avait décrite Cidran et aussi impressionnante qu’il se l’était imaginée. Trois zones, bien distinctes, formaient la métropole : les Bidonvilles, la Ville Basse et la Ville Haute.

Les Bidonvilles grouillaient. Le templier ne pouvait pouvait décrire autrement cette partie de la Cité. C’était une fourmilière où tout bougeait, tout le temps. De hauts immeubles en bétons, grandes tours rectangulaires qui semblaient avoir servi à loger de nombreuses personnes dans l’ancien monde, étaient devenus l’un des lieux les plus prisés pour s’installer. Les personnes qui y vivaient étaient celles qui n’avaient pas encore les moyens de vivre dans la Ville Basse ou qui n’était pas assez utiles pour avoir l’autorisation de séjour accordée par la Ville Haute. La population de ce territoire, sans aucun cadastre ni réelle administration, trouvait protection chez les différents chefs de clan contrôlant chacun un secteur des Bidonvilles, tous avec une vision du monde et des règles qu’ils imposaient.

Après avoir parcouru cette première zone, Vollmond avait été témoin de la particularité de l’endroit. Il traversait, sous les conseils de Cidran, la partie ouest des Bidonvilles, que son camarade savait occupée par un groupe qui se trouvait particulièrement pacifique vis à vis des Lycan. Nombre de ses congénères transhumains (de naissance, ou transformés) y vivaient. Il y régnait une forme de paix civile, assez peu différente de celle qu’il avait connue parmi les templiers mais qui semblait fondée sur une solidarité importante entre les transhumains. Les raisons, le templier les savait liées aux violences que subissaient les Lycans, infligées notamment par les autres groupes qui acceptaient assez peu leur présence.

Les Bidonvilles étaient un lieu où il était difficile de se repérer. Ils se trouvaient en chantier permanent, des personnes, voire des groupes entiers déplaçaient de la tôle d’un lieu à un autre. Au loin, quand le templier avait approché la Cité et qu’il l’avait en vue, il lui avait semblé que cette partie de la ville était presque liquide, changeant constamment de forme, parfois de façon presque homogène. Maintenant, il comprenait pourquoi. Tout changeait en permanence et il dut se fier à son sens de l’orientation, bien plus qu’à toute vague indication qu’il pouvait trouver.

Lors de son court passage, il fut d’autant plus marqué par l’odeur. Celle de la poussière et de la rouille qui couvrait tout d’une nappe lourde. Et ce alors même qu’il sentait l’odeur de la nourriture qui était parfois cuisinée sur les devantures des abris, à l’aide de feux de camp bricolés, ou de la sueur collée à la fourrure des nombreux individus qui vagabondaient.

La Ville Basse était bien différente. Cloisonnée par des murs qui formaient une séparation avec les Bidonvilles, les rares entrées se faisaient par des points de contrôles où des hommes armés inspectaient et filtraient toute personne suspecte. Le nombre élevé de ces miliciens permettait aux voyageurs de ne pas trop attendre avant de pouvoir passer les portes et de pouvoir intercepter efficacement quiconque tenterait de passer en force. Lorsque le templier se présenta à l’un d’eux, l’un des soldats lui fit signe de s’arrêter.

– Nom et âge ?

– Vollmond, 21 ans.

Le garde-frontière le jaugea du regard et remarqua la lame caractéristique que les templiers portaient à la taille et qui permettait de les reconnaître (ou de les trouver).

– Templier, hein ? On vous connaît ici. On sait qu’en général vous cherchez pas les emmerdes mais j’ai deux conseils pour toi : premièrement, une fois que tu as fait ce que tu as à faire, tu décampes. Ensuite tu évites toute inquisition si tu veux pas finir à la fosse commune comme les autres.

Le Lycan ne répondit rien. Il aurait aimé le faire et dire que cette période était terminée, que lui-même regrettait que certains templiers aient choisi d’imposer leurs propres visions du bien et de la morale. Il se contenta de passer en faisant un signe de tête, montrant bien qu’il avait compris. La mission importait plus et il n’y avait aucune raison de se battre ici.

Derrière les murs, la Ville Basse était organisée autour de grands axes qui allaient jusqu’à la Ville Haute qui, elle, restait complètement fermée à toute personne extérieure à l’île. Le peu que l’on pouvait en voir se résumait à un mur constitué d’eau à haute pression qui découpait tout ce qui tentait de passer. Les odeurs, contrairement aux Bidonvilles, semblaient moins noyées sous la poussière, les rues, plus propres et les bâtiments moins dégradés donnaient alors un air bien plus respirable.

Quelques checkpoints se faisaient voir à quelques endroits mais aucun être humain ne semblait garder les portes. Seuls deux grands gardiens robotisés surplombaient les portes qui menaient aux ponts permettant d’accéder au cœur de la ville. Cidran ne lui avait pas menti ; les habitants de l’île constituant la Ville Haute possédaient une technologie dépassant tout ce qui semblait réalisable aujourd’hui. Comme un reliquat de l’ancien monde qui avait continué à évoluer, indépendamment de la mort et de la destruction qui se répandaient tout autour.

De ce que l’on savait de la Ville Haute, était qu’une partie, voire la totalité de la nourriture était acheminée de l’extérieur et était le seul moyen pour tenter de passer à l’intérieur. Les villages alentours, dont ceux où les templiers étaient intervenus pour mettre fin à la menace des Kappas, fournissaient, contre des crédits (la monnaie circulant dans la Cité) tout ce dont l’île avait besoin pour survivre. D’autres biens, notamment des ressources plus rares, pouvaient leur être fournis, toujours contre ces crédits et garantissaient un niveau de vie conséquent. Les plus riches et les plus influents, pouvaient, parait-il, bénéficier eux aussi des produits de la Ville Haute, moyennant une somme conséquente, mais qui constituait un privilège dont peu se vantait, ou au prix de se faire dépouiller rapidement par des groupes mal intentionnés.

La Ville Basse était composée d’immeubles, tous datant de cette lointaine époque que tout le monde semblait avoir oublié et longeant les grands axes qui formaient une longue saignée dans la Cité. Si on pouvait distinguer les façades et quelques éléments de toitures très anciennes, une partie avait été remodelée pour corriger les dommages du temps et avait adopté partiellement l’architecture contemporaine, qui, si elle était uniquement de bois et de tôle pour les Bidonvilles, se voyait parfois ajoutée à la pierre, sans que celle-ci n’adopte la perfection des anciens bâtiments et restait rudimentaire dans sa taille. Tout comme les bâtiments de la zone que le Lycan quittait, tout semblait baigner dans une couleur brune et orangée, mélange du bois et de la tôle rouillée qui semblait parasiter la pierre grisâtre.

Le sol, fait rare, était pavé. De façon assez inégale, mais tout de même pavé sur toute la longueur des axes de circulation. Cela changeait radicalement des chemins de terre qui composaient la majeure partie des routes qu’avait parcourues le templier jusqu’ici (même si à de rares occasions il se trouvait encore du macadam qui ne s’était pas totalement dégradé et qui restait praticable).

Vollmond avait parcouru une bonne partie de la cité et il avait fini par se repérer dans la Ville Basse. Elle était bien moins chaotique que les Bidonvilles mais tout aussi vaste et animée. Il ignorait quelle entrée exactement il avait emprunté et ce ne fut qu’en fin d’après-midi qu’il trouva son chemin et put correctement suivre les indications que lui avait laissées Cidran. Ce dernier avait toujours possédé un logement dans la Ville Basse dont il avait fait don aux templiers en cas de besoin.

Les indications du templier indiquaient un magasin où se situait la personne qui s’occupait du logement en l’absence de tout utilisateur. Une fois sur le bon chemin, il fallut peu de temps pour Vollmond afin de parvenir à l’échoppe. Lorsqu’il pénétra dans le bâtiment, un homme ressemblant trait pour trait à son camarade lui ouvrit. Il regarda rapidement le jeune homme avant de s’adresser à lui :

– Oh ! J’imagine que c’est Cidran qui vous envoie ici. Laissez-moi chercher la clé, je vais vous guider vers son ancien appartement.

– En effet. Je m’appelle Vollmond.

– Je suis Redge, son frère, répondit le marchand en serrant chaleureusement la main du templier. Comment va-t-il ?

– Le Mal ne l’a toujours pas pris. C’est toujours un aussi bon combattant même s’il commence à s’orienter vers la formation des recrues.

– Je suis content pour lui, il a enfin trouvé sa voie.

Le Lycan examina d’un peu plus près son interlocuteur et remarqua très rapidement des caractéristiques qui lui permettaient de l’identifier comme étant un Vampire. La peau très pâle était ce qui se voyait le plus rapidement. Il en était de même pour les yeux, dont l’iris devenait rougeâtre après la transformation. Le plus marquant restait cependant les crocs qui poussaient rapidement en lieu et place des canines humaines. Les Vampires, contrairement aux Lycans et leur force exceptionnelle, jouaient sur leur agilité extrême qui, lorsqu’ils étaient formés au combat, en faisait d’excellents assassins, abusant de leurs propres griffes qu’ils pouvaient faire apparaitre à volonté en calcifiant l’extrémité de leurs membres.

Ce faisant, ils appréciaient tout particulièrement les aliments riches en calcium, permettant de recourir plus aisément à ce genre de facultés. Nombres étaient d’ailleurs friands de lait, même si cela n’était pas vital à leur survie contrairement au sang humain ou animal. Ce besoin particulier était satisfait dans les centres urbains où des moyens étaient mis en place, que ce soit par un groupe comme les templiers qui organisaient l’approvisionnement en poches de sang récupérées sur des volontaires. Ces derniers étaient eux-mêmes bien souvent des proches de Vampires, permettant à ces derniers de se fournir sans avoir à mordre ou attaquer qui que ce soit. Dans les milieux ruraux, ceux-ci faisaient d’excellent chasseurs capables de satisfaire ce besoin en s’en prenant à la faune sauvage.

La transformation en Vampire se faisait, comme pour les Lycans, par le biais d’une morsure, ce qui était là encore l’occasion pour les Vampires de se repaitre. Le changement s’opérait dans les vingt-quatre heures, la peau se décolorant et les crocs apparaissant par calcification. Les Lycans, s’ils ne souffraient d’aucun besoin particulier, voyaient leur mutation être beaucoup plus agressive, pouvant à elle seule achever une personne atteinte du Mal et qui aurait été transformée trop tard, ou trop vieille et affaiblie pour que le corps survive aux déformations et à la fatigue extrême que cela causait.

– Sans vouloir être indiscret, il sait que vous êtes Vampire ? questionna le templier à son interlocuteur.

– Oui. Le Mal m’a pris un peu avant qu’il vous rejoigne. Il a assuré à ma place la gestion du commerce et les choses ont fait qu’il a croisé votre route et s’est senti beaucoup plus utile parmi vous qu’à mes côtés. Quand j’ai repris les rênes du magasin, il est parti de la ville, me laissant un petit appartement qui est maintenant dédié à sa cause, raconta le marchand, semblant fier de ce qu’était devenu son frère, Là, c’est ici, au dernier étage. Ce n’est pas très grand mais il y a de quoi dormir. Je veillerai à ce que vous ne manquiez de rien. Il n’y a personne d’autre normalement dans l’immeuble.

– Merci bien.

– Je vous laisse vous installer, des clients m’attendent. Je reviendrai pour vous apporter de quoi manger avant la nuit.

Le Lycan passa le pas de la porte pour se retrouver face à une cage d’escalier. Il gravit les marches tranquillement jusqu’à se rendre sous les combles et fit face à une porte qu’il déverrouilla grâce à la clé que lui avait remis le Vampire. C’était une toute petite chambre, possédant un lit, de la draperie sommaire mais propre, et une table. Le templier avait appris à vivre avec beaucoup moins et cela formait une sorte de confort qui, s’il ne l’attendait pas particulièrement, savait néanmoins l’apprécier. Il posa son épée et son bagage sur la table et décida de se reposer de son voyage en attendant de pouvoir se sustenter. Il allait enquêter sur ce Kappa dès le lendemain. Il semblait pour l’instant ne pas avoir fait énormément de bruit ou n’était tout simplement pas encore arrivé. Mais cela restait à éclaircir.

Vollmond & Arc : Chapitre 1

Les templiers avaient été guidés dans l’intérieur des terres. On les avait sollicités après qu’un hameau ait été attaqué à proximité de la Cité, grande métropole et probablement ancienne capitale d’un État de l’ancien monde. Des femmes avaient été enlevées et quelques hommes tués. Rapidement, les soupçons s’étaient portés sur une potentielle présence de Kappas, confirmée lorsqu’un des spécimens avait été repéré la nuit précédant l’arrivée du groupe.

Les Kappas étaient des transhumains. Le résultat d’une série d’expériences réalisées dans le but de survivre au Mal, cette maladie mortelle qui infectait les personnes encore pleinement humaines et dont les moyens de propagation restaient inconnus. Les Kappas étaient l’un des nombreux échecs à répondre à cette nouvelle peste. Ces monstres ne possédaient pas les moyens de transformer un être humain souffrant du Mal en l’un des leurs, caractéristique partagée par la plupart des transhumains. Leur race étant dépourvue d’individus féminins, leur reproduction passait par l’utilisation de mères porteuses volées aux autres espèces, qui finissaient parfois en repas.

Physiquement, les Kappas étaient des humanoïdes comme bon nombre de transhumains. Cependant, leurs visages ne possédaient que peu de traits communs avec l’humanité. Leurs mâchoires étaient difformes et ressemblaient à un bec plat doté de très courtes dents pointues. Leur peau était poisseuse et semblait plus pendre sur leur visage que simplement envelopper la chair. Celle-ci était d’une teinte plus que blafarde et maladive au point de laisser transparaître les vaisseaux sanguins. Leur mode de vie sauvage les avait amenés à évoluer et à les rapprocher un peu plus de l’animal. Ces créatures n’étaient donc pas vêtues, incapables d’utiliser le moindre outil. Leurs membres, plus puissants que ceux d’un être humain non transformé, étaient pourvus de longues griffes acérées capable d’entailler ce qu’ils chassaient ou de maintenir les femmes immobilisées lors des kidnappings. S’ils se montraient particulièrement capables sur la terre ferme, c’était en milieu aquatique où ces derniers pouvaient être le plus à l’aise. Leur absence de branchies les forçait cependant à rester à la surface, à l’inverse de leurs cousines plus abouties qu’étaient les sirènes.

La piste qu’avait remontée les templiers les avait menés aux ruines d’un palais enfoncé dans un marécage, un biotope de prédilection pour l’installation de ces monstres. Le bâtiment était très ancien, massif et finement architecturé. L’œil attentif pouvait encore remarquer l’ancienne symétrie d’un jardin tout aussi gigantesque se trouvant au pied du bâtiment et aujourd’hui disparu sous une épaisse végétation.

Suite à quelques repérages, les templiers avaient décidé de mener l’assaut contre les Kappas au moment où il était le plus probable que ces créatures, principalement nocturnes, soient toutes sur les lieux : dans la matinée, après le lever du jour. Le but était simple : protéger les femmes et empêcher les Kappas de les reprendre.

Le moment venu, les templiers s’étaient positionnés dans le silence et avaient pénétré le palais par l’une des rares entrées encore praticables. L’intérieur du bâtiment, malgré le temps et l’humidité du lieu, restait plutôt bien préservé. On y distinguait encore, sous la mousse et la boue, les vestiges de longues galeries parées d’or. Il n’y avait cependant plus un seul meuble dans ce qui pouvait être une très ancienne demeure luxurieuse destinée à quelques heureux bien-nés. Le bâtiment était vaste et, s’ajoutait à cela, l’assemblage labyrinthique des pièces qui rendait l’exploration des plus ardues, surtout que personne dans les villages environs ne connaissait le lieu et aucun plan ne semblait encore exister.

Ce fut lors de l’exploration de l’aile nord que les premières traces de Kappa furent trouvées, amenant le groupe à s’approcher avec précaution. La première trouvaille ne fut cependant pas le nid des créatures mais les jeunes femmes capturées les jours précédents, encore vivantes. Elles avaient été enfermées dans l’une des nombreuses pièces barricadées par les Kappas avec tout ce qu’ils pouvaient trouver. Elles étaient affaiblies, fatiguées, blessées, terrorisées. La priorité était de les sortir du bâtiment. Ils se mirent alors à escorter à l’abri la douzaine de jeunes femmes, portant dans le même temps celles qui ne pouvaient se déplacer.

Puis rapidement, les choses évoluèrent, alors qu’ils parcouraient ce qui semblait être la chapelle du palais, de nombreux bruits se firent entendre derrière eux, mais aussi dans les deux autres passages donnant sur d’autres couloirs du palais. Des bruits de pas, de cris et de déglutissements bruyants. Ils avaient été repérés, les créatures se préparaient à récupérer leurs proies en attaquant sur tous les fronts possibles, et en masse.

Le combat s’engagea. Les templiers eux étaient rodés à ces escarmouches et les Kappas n’étaient pas les adversaires les plus coriaces. Ils restaient des créatures sauvages, agissant comme telles et leurs caractéristiques, certes surhumaines, ne représentaient rien d’insurmontable. Les groupes de pillards parfois lourdement armés ou d’autres abominations étaient des défis beaucoup plus ardus à relever. La seule difficulté était de protéger les jeunes femmes, en faisant barrière avec leurs propres corps afin que les créatures ne puissent les atteindre.

L’affrontement tourna rapidement à l’avantage des templiers, les créatures se jetant sur eux, et ne trouvèrent que les lames dont chaque membre disposait et savait manier, homme comme femme, humain comme transhumain. L’un des monstres, lorsque le combat lui apparut en faveur des templiers, décida de prendre la fuite en sautant par l’une des nombreuses fenêtres des galeries adjacentes et se retrouva facilement à l’extérieur. L’un des templiers se mit alors à la poursuite de la créature, laissant le reste de l’affrontement à ses camarades. Où est-ce que la créature se rendait ? L’information était importante. Lorsque l’une de ces créatures survivait à ce genre de choses, elle en sortait beaucoup plus expérimentée, et de fait, dangereuse. Le templier s’engouffra par la même fenêtre que la créature et se mit à la poursuivre, espérant la rattraper avant qu’elle n’atteigne un plan d’eau, où elle serait impossible à suivre.

Le combat prit fin peu de temps après. Une fois tous les Kappas morts, les templiers procédèrent à une nouvelle ronde dans le bâtiment pour vérifier qu’aucun autre n’ait tenté de se cacher ou qu’une autre partie du groupe ne se trouve dans une autre aile du palais. Le soleil était alors à son zénith quand le groupe se décida à rentrer au camp de base. Les jeunes femmes furent examinées pour vérifier leur état de santé et dans le même temps, le templier parti à la poursuite de la créature qui s’était échappée revint. Il se dirigea vers la femme en charge de l’organisation du camp installé et de l’expédition.

– Je n’ai pas pu le rattraper à temps, rapporta-t-il. J’ai juste eu le temps de le voir plonger dans le fleuve et remonter le courant le plus rapidement possible.

Les Kappas se servaient régulièrement des nombreux fleuves et rivières qui parcouraient les terres comme routes sûres à leurs voyages. Le fait que cette créature, en chasse, ait pu fuir posait problème.

– Ce n’est pas grave, Vollmond. Tu as fait ce que tu as pu. Tu vas partir pour la Cité afin de voir s’il a pu s’y arrêter. Il pourra difficilement remonter plus loin. Il faut que l’on s’assure qu’il ne cause aucun problème et éviter qu’il ne prenne la population pour cible.

– Compris.

Vollmond était un jeune Lycan reconnaissable à son visage aux traits canins, une gueule pourvue de crocs et dotée d’un museau, et des oreilles dressées qui rapprochaient encore plus son visage de l’animal qu’un Kappa. Son regard trahissait un calme et une douceur qui contrastaient avec le reste de son apparence. Son corps, dépassant allègrement les deux mètres, était entièrement couvert d’une fourrure grise, presque noire. Sa force, entretenue par son entraînement parmi les membres des templiers, mais aussi son ouïe et son odorat étaient de loin supérieures à celle d’un être humain normal. Ses mains étaient elles aussi bien plus trapues et puissantes, pourvues de griffes qu’il entretenait avec soin.

Il n’était pas le seul homme-loup, et même transhumain, parmi les templiers qui se voulaient être un groupe ouvert et hétéroclite. On trouvait ainsi des humains, mais aussi d’autres Lycans et des Vampires. Ces trois spécimens composaient les gros des troupes, complétées par la suite par d’autres types d’individus, parfois uniques, parfois simplement étrangers. La particularité de Vollmond était de n’avoir jamais rejoint les templiers à proprement parler. Ses propres parents étaient membres des templiers, tous deux combattants, et avaient décidé de fonder une famille il y a maintenant une vingtaine d’années. Celui-ci avait alors suivi naturellement toutes les classes et formations que pouvait offrir l’organisation et était devenu l’un des leurs à un très jeune âge.

Son rapport fait, le jeune Lycan avait rompu le rang et se dirigeait vers ses quartiers, l’une des tentes à l’extérieur du village (la troupe ne souhaitant pas abuser de l’hospitalité de ceux qui réclamaient leurs aides). Il posa son épée sur la couche de paille où il dormait avant de saisir son sac qui contenait le strict nécessaire lui permettant d’entretenir sa lame durant les voyages. Ce fut à ce moment-là qu’un homme pénétra dans la tente à son tour.

– Hey, on m’a dit de te guider vers la Cité.

– Cidran, salua Vollmond. Tu la connais si bien que ça ?

Son interlocuteur était un homme dans la quarantaine, toujours humain qui, sans être très grand, possédait cependant de larges épaules. Son visage buriné et ses mains musclées mais abîmées laissaient transparaître sa vie avant de rejoindre les templiers. De plus, ses cheveux coupés à ras renforçaient cette image même si son franc sourire donnait une présence tout à fait sympathique au personnage. Malgré la différence d’âge avec son camarade, tous deux étaient du même rang. Vollmond, aussi jeune qu’il était, bénéficiait de son adolescence passée à s’entraîner et à fréquenter les templiers et était tout aussi respecté que Cidran qui avait rejoint le groupe il y a une dizaine d’années. De fait, ils se considéraient comme égaux.

– J’ai vécu là-bas. J’y ai fait quelques missions aussi. C’est super que tu puisses voir à quoi ça ressemble.

– J’y vais surtout pour voir si le Kappa ne s’est pas arrêté là-bas.

– Écoute, la vie là-bas est particulière, et tu vas probablement rencontrer du monde. En tout cas je l’espère.

– Où est-ce que tu veux en venir ?

– Tu es né parmi nous, certes, mais voir le monde, rencontrer des personnes, s’en faire des amis, ou pas, c’est ce qui nous a tous amenés à faire partie des templiers. Tu es l’un des nôtres et si tu dois, comme le demande notre devise, « travailler pour plus de justice », tu ne dois pas juste rester renfermé sur ce petit monde qu’est le nôtre, mais voir aussi ceux qui ont besoin de notre aide au quotidien. On discute pas souvent toi et moi mais… Tu n’as jamais pensé à voyager ?

– Pourquoi faire ? J’ai ma famille et la citadelle.

– Eh ! Je ne pensais pas à mal. Tout le monde t’adore ! T’es quelqu’un de confiance et tes parents peuvent être fiers de toi. C’est peut-être l’occasion pour toi de trouver quelque chose, une mission qui te soit propre. On ne t’en voudrait pas si tu ne revenais pas, tu le sais non ? N’y vois pas ça comme un plan mis en place par moi ou quelqu’un d’autre pour te faire voir le monde extérieur, c’est juste que je vois ça comme une chance formidable pour toi.

Le jeune Lycan acquiesça. Cette dernière phrase le rassurait quelque peu même si lui restait encore dans une certaine forme d’incompréhension face au discours de son camarade. Il se plaisait parmi les templiers et il ne voyait pas quelle aide il pourrait apporter, seul.